Guyot était sans doute trop compétent Il fallait s'en douter : Laurent Guyot n'est pas resté longtemps sur le carreau. Laurent Guyot est un entraîneur d'avenir, il a déjà fait ses preuves au Centre de formation du FC Nantes, alors il a été engagé par Boulogne. Il sera donc sur un banc de Ligue 1 la saison prochaine. En prime, il composera un duo technique de nanto-nantais puisqu'il a choisi comme adjoint Serge Le Dizet. C'est une claque retentissante pour les dirigeants actuels des Canaris qui n'avaient visiblement pas perçu ses compétences. Ou plutôt qui craignaient que ces dernières leur fassent de l'ombre. Kita n'a rien proposé à Guyot. Et Larièpe qui assure qu'il s'y connaît en recrutement et en formation n'a visiblement pas appuyé son dossier auprès du patron. Lequel, dans l'une des interviewes qu'il a données à « L'Equipe », était allé jusqu'à envisager d'entraîner les Jaunes. Mais peut-être n'y a-t-il pas renoncé, indirectement, le tout étant de trouver un technicien serviable et prêt à céder à tous ses ordres, sinon ses caprices. Amisse a dû éclater de rire Gernot Rohr, lui, avait également posé sa candidature à Boulogne. Les dirigeants du promu n'ont pas donné suite. Rohr, qui a également lorgné du côté de Strasbourg, n'est cependant plus sur le sable. Il a été embauché par le...FC Nantes. Loïc Amisse a peut-être éclaté de rire, si tant est que sa situation, et plus encore celle de son club de cœur, lui en donnent envie. Dans les années 1980, alors que la rivalité Nantes – Bordeaux battait son plein, Lolo était la bête noire de Gernot. Il le prenait de vitesse, il le feintait par ses contre-pieds et ses dribbles, il le mystifiait grâce à ses centres en retrait. Amisse incarnait l'intelligence collective et la technique nantaise. Rohr pour sa part était un défenseur rude, distributeur de tacles qui n'atteignaient pas toujours le ballon. Un soir, au cours d'un Bordeaux – Saint-Etienne mouvementé, il avait réservé à Dominique Rocheteau un « traitement de faveur » qui lui valut de sévères critiques. Il ne les appréciait que modérément. L'homme de Claude Bez Plus tard, Rohr devint « l'homme » de Claude Bez. Il en résulta des frictions entre quelques uns de ses partenaires. Le différend alla même plus loin avec Alain Giresse que Bez avait mis à l'index lorsqu'il avait signé à Marseille. Durant un Bordeaux – OM, ce fut au tour de l'ancien lutin girondin d'entendre siffler de près les crampons de Rohr. Ce dernier était désormais dans les petits papiers de sa direction, on lui confia la responsabilité de « Cap Girondins » (anciennement « Cap Giresse »...) puis, mieux, la charge d'entraîneur de l'équipe pro lorsqu'elle tomba en Division 2, Bez ayant été épinglé par la justice qui le transféra pour quelques temps en prison. Gernot Rohr, qui avait déjà été appelé aux commandes pendant deux mois, au début de la saison 1990-91, parvint à faire remonter Bordeaux en 1992. Il fut alors invité à se retirer au profit de Rolland Courbis, encore un homme qui allait avoir maille à partir avec la justice. On le retrouva plus tard pour une opération de dépannage qui dura cette fois quatre mois (février-juin 1996). Et devinez qui lui succéda ? Rolland Courbis himself ! Cette fin de saison 1995-96 fut à la fois difficile pour les Bordelais qui échappèrent de peu à une nouvelle relégation et exaltante puisqu'ils parvinrent en finale de la Coupe de l'UEFA. Chemin faisant, ils avaient éliminé le Milan AC qui, trop sûr de lui ou peu intéressé par une compétition devenue déjà assez secondaire, avait expédié de nombreux remplaçants à Lescure pour un match retour qui tourna à sa confusion. A Nice, une belle aventure mais peu de jeu La suite de la carrière de Gernot Rohr n'est pas marqué par la stabilité. Ce n'est jamais bon signe pour un entraîneur. On le retrouve à Créteil, Nice, les Young Boys de Berne, l'AC Ajaccio et l'Etoile du Sahel avec laquelle il a divorcé le mois dernier. C'est surtout à Nice qu'il a fait parler de lui. Alors que les Aiglons connaissaient des problèmes avec la fantomatique DNCG, il avait fait corps avec ses dirigeants pour que le « Gym » soit finalement admis en Ligue 1. Ils avaient provoqué suffisamment de bruit pour que la DNCG fasse machine arrière. Cette lutte avait soudé les différentes composantes du club et les Niçois, avec une équipe de « Marie-Louise », avaient animé la première partie du championnat. Alors que les pronostiqueurs leur promettaient la descente, ils avaient figuré pendant plusieurs mois dans le peloton de tête. L'aventure avait été considérée avec sympathie mais elle s'appuyait davantage sur un football physique, défensif et de combat que sur un jeu rationnel et séduisant. Alors, peu à peu Nice était rentré dans le rang et les discours de Rohr avaient commencé à moins bien passer auprès des joueurs. L'aventure s'était terminée en 2005. On continue pareil Evidemment pour les fervents du football à la nantaise, la nomination du nouvel entraîneur des Canaris constitue un coup dur supplémentaire. Gernot Rohr incarne un style de jeu exactement opposé et on devine que Jean-Claude Suaudeau a dû se demander, lui aussi, où va la Maison Jaune qu'il avait génialement contribué à construire. Même s'il est probable, hélas, qu'il ne se pose plus de questions et ne conçoit plus d'illusions. C'est bien là d'ailleurs l'un des drames du FC Nantes : la résignation plombe de plus en plus un avenir qui paraît obscur. Ses dirigeants agissent comme s'il ne s'était rien passé lors de la dernière journée du championnat, ils feignent de ne pas voir ni entendre l'opposition. Ils ont accompli un semblant de mea-culpa mais ils n'en ont tiré aucune leçon. Ils continuent, sans rien changer, surtout pas eux, surtout pas leurs idées, fidèles à une ligne de conduite qui a expédié le club dans le trou. Rohr ou Baup, Baup ou Rohr, sincèrement... De toute façon, dans le contexte actuel, l'entraîneur est condamné à avaler des couleuvres. Accessoirement, on doute que l'annonce de la venue de l'ancien Bordelais soit de nature à doper la campagne des abonnements, il est même probable que bon nombre des fidèles de Saupin et de la Beaujoire durant la décennie 1980 ont esquissé un mouvement de recul.
B.V., le 11 juin 2009
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