Une étoile au bout d'un match crispant
Claudiu Keserü s'est planté devant la tribune officielle, son visage est hilare, il serre les poings, il exprime toute sa joie, sa rage, sa délivrance. Nous sommes heureux pour lui. Pour nous, puisqu'il vient d'expédier le FC Nantes en quart de finale de la Coupe de France. Tavlaridis est resté couché, le dos sur le gazon, abattu par la déception. Mais nous n'arrivons pas à le plaindre. Il vient de payer au prix fort, et son équipe avec lui, son esprit truqueur, porté sur la multiplication des artifices et des interventions illicites. Le Grec a commis, sur Oliech, la éniéme faute qui a débouché sur un coup franc, un peu plus de vingt mètres face à la cage de Malicki.
Le chrono affichait la 119è minute. Claudiu Keserü était entré en jeu quatre minutes auparavant, à la place de Rossi. Peut-être pour prendre sa part dans la série des tirs au but qui s'annonçait. Le Roumain, dont c'était le premier match cette année, a posé son ballon, du pied gauche, et ajusté un obus qui a contourné le mur. Le ballon est allé heurter le dessous de la barre, dans la lucarne gauche du but lillois, et il a rebondi au fond des filets. Un tir supersonique ! Une étoile filante qui a illuminé la nuit nantaise au bout du bout d'un match acharné, crispant et dont le suspense allait évidemment croissant au fur et à mesure que les minutes filaient. D'une vraie rencontre de coupe en somme où il faut défendre et où les Lillois généralement excellent. Ils savent tuer dans l'œuf les attaques de l'équipe adverse et tisser une double toile d'araignée où le jeu s'empêtre. Ils attendent patiemment leur heure, et puis ils mordent, comme des vipères, la langue brûlante. Le poignard s'appelle Kader Keita ou Peter Odemwingie et tous deux, entrés en jeu en seconde période, procurèrent, en prolongation, plusieurs sueurs froides à la défense nantaise.
Nantes maîtrise au début
Mais Nantes a su ne pas rompre, ne pas se faire surprendre. Et donc se qualifier, à l'ultime seconde, comme face à Guingamp en 32è de finale, sauf que cette fois il a fallu jouer une demi-heure de plus. Mais sans doute le plaisir d'avoir fini par arracher la victoire n'en est-il que plus fort, plus intense, d'autant que l'adversaire, répétons-le, même si Claude Puel avait sacrifié au turn-over, est réputé pour être un sacré empêcheur de danser en rond.
Nantes pourtant a été à l'aise durant la première demi-heure, quand Julio Rossi avait des jambes, que Guillaume Norbert déployait de l'activité et que Milos Dimitrijevic voyait clair. Pendant près de 40 minutes, on n'a pas vu les Lillois. On ne va certes pas prétendre que Nantes archi dominait ni qu'il se créait des occasions de but à foison mais il maîtrisait les événements. Tavlaridis commençait à faire des fautes, à dégager n'importe comment et à concéder des corners, comme par exemple sur une action Dimitrijevic – Rossi (20è). L'attaque nantaise était à deux têtes, Diallo appuyant Pieroni. Norbert et Rossi évoluaient sur les côtés et le duo Dimitrijevic - Saidou dans l'entre jeu. C'était donc un retour au 4-4-2 de préférence au 4-2-3-1 de mise depuis plusieurs semaines.
L'arrêt de Barthez
Pieroni afficha certaines limites techniques (eh eh, jouer le contre de façon primaire, comme à Auxerre, et jouer au foot, ce n'est pas tout à fait pareil), alors qu'il manqua quelques centimètres à Diallo pour reprendre un centre de Rossi (28è) puis de la conviction pour mener à bon terme une action individuelle (35è). Pieroni, servi par Dimitrijevic expédia le ballon à côté de la cible (36è) et puis, soudain, sans hurler gare, les Dogues sortirent du chenil. Debuchy contraignit d'abord Signorino à concéder un corner. Ce n'était rien par rapport à l'action qui suivit. Obraniak centra de la gauche et, surprenant à la fois Pierre et Signorino, Johan Audel frappa de la tête. C'était bien joué et s'il y avait eu but on se demande si Nantes n'aurait pas été assommé. Heureusement, Barthez montra ce qu'est un véritable gardien, c'est à dire un joueur décisif. Qui rapporte des points ou qui influe sur un résultat. Il se détendit et du bout de la main gauche il détourna le projectile.
Puis l'un de ses poteaux
Les Jaunes étaient sauvés, du moins sur ce coup là. Car ils n'étaient pas au bout de leurs peines et le second acte, s'il débuta bien (passe de Dimitrijevic à Pieroni qui emmena le ballon et contraignit Malicki à intervenir), tourna ensuite à l'avantage des Lillois. Rossi, Norbert et Dimitrijevic avaient baissé d'un ton et le rendement collectif s'en ressentait. Le premier n'avait plus de mollets, le deuxième péchait dans la technique, le troisième perdait des ballons. L'un d'eux, récupéré par Bastos déboucha sur une véritable occasion de but pour Audel (56è). Miloche, qui avait illuminé le jeu en plusieurs occasions, avait alors éteint la lumière et une nouvelle perte de balle contraignit Das Neves à commette une intervention litigieuse sur Audel, coup franc à l'appui, carton jaune en prime. Obraniak fut alors tout près de jouer les justiciers puisqu'il expédia le ballon sur un montant. Audel se trouvait au rebond, il shoota à côté.
Pour la deuxième fois, Nantes revenait de loin. Il échappa de nouveau au pire, à la 71è minute, sur une nouvelle action d'Audel dont le tir fut repoussé par Barthez sur Signorino, lequel ne put que renvoyer sur Debuchy. Le latéral nantais réagit toutefois avec suffisamment de promptitude pour contrer la tentative du Lillois. Les Canaris étaient en train de plonger doucement et Georges Eo procéda à deux changements : Oliech à la place de Diallo d'abord, Bocundji Ca à celle de Norbert ensuite. Cette seconde modification amena Dimitrijevic à glisser sur la droite, à la place de l'ex-Angevin, et il retrouva alors des couleurs. Miloche a confirmé son talent, il a eu du culot, il lui a manqué de l'attention.
Comme Bocundji Ca fit plutôt du bien à la récupération, cet apport de sang frais fut bénéfique. Dennis Oliech se positionna en pointe, ce qui lui convient mieux que le côté droit qu'il avait occupé contre Lorient. Il ne parvint toutefois pas, malgré sa combativité, à prendre en défaut les défenseurs lillois.
Nantes cabossé mais vainqueur
Après une tête de Pieroni au-dessus, sur un centre de Saïdou (90è), le Kenyan ne put exploiter la dernière occasion du temps réglementaire (93è) et il fallut jouer la prolongation. Il serait exagéré de prétendre que l'optimisme était de mise dans le camp nantais. L'équipe canari paraissait plus fatiguée que sa rivale et Fabien Barthez suscitait des interrogations depuis la fin de la première période. Il faut dire qu'il avait d'abord effectué une sortie kamikaze qui avait laissé Norbert sur le carreau (21è) puis qu'il avait été soumis à un traitement de choc par Tavlaridis, expert dans « l'art » de faire mal à un adversaire (39è). La cheville droite de Barthez avait été touchée et durant la pause l'échauffement auquel Franck Mantaux avait soumis Tony Heurtebis laissait croire que Fabulous Fab était inquiet.
Il se fit soigner à l'entame de la prolongation et comme dans le même temps Das Neves, auteur d'une bonne partie, récupérait d'un choc sur la touche, c'est un Nantes visiblement cabossé qui s'avançait dans un match dont les Lillois, à l'image de Keita, semblaient de plus en plus en mesure de trouver la clef. Nantes souffrait, s'interrogeait, pliait. Mais Nantes continuait de faire corps, il s'accrochait, il tenait.
A la 115è minute, Claudiu Keserü effectua son entrée. Quatre minutes plus tard, Tavlaridis y alla d'un nouveau coup de matraque. D'un maître shoot, Keserü fit alors monter le FC Nantes dans les quarts de finale. Les Dogues se ruèrent à l'assaut pour les en faire descendre. Mais lors de cet ultime rush, Barthez fit front face à la meute et il capta le ballon comme un trésor, un ticket pour de nouvelles aventures.
B.V., le 1er février 2007