Un rayon de soleil
L'exemplaire Frédéric Da Rocha, auteur du sixième et dernier tir au but, celui qui a fait la décision, a parlé, avec raison, de rayon de soleil. Et c'est vrai que la qualification de Nantes pour les demi-finales de la Coupe de France constitue un joli coin de ciel bleu au milieu des nuages qui n'en finissent pas de s'amonceler au-dessus de la Jonelière. Les météorologues de service, Roussillon et Gripond, ont beau faire, ils ne parviennent pas à décrisper l'atmosphère, ils ne savent plus quoi ou qui sortir de leur chapeau, ce dernier n'ayant aucun mal à cerner le tour de leur intelligence et de leur compétence, fort réduites en matière de football, tout le monde à Nantes ne le sait que trop.
Un résultat en jouant, cette fois
Les joueurs, eux, sont encore capables d'obtenir un bon résultat à l'extérieur, et en jouant au ballon qui plus est. Car ce qu'on a vu à Sedan est plutôt encourageant : il y a certes eu du déchet technique dans les actions nantaises mais il y a eu aussi de bonnes idées. On ne va pas crier au miracle : Sedan est dernier du championnat et au terme de deux heures de jeu le score était nul, 1-1. Comme il l'avait d'ailleurs été en novembre lors de la première rencontre entre les deux équipes. Pourtant nous n'éprouvons aucune envie de bouder notre plaisir. D'une part parce que le spectacle a été de bien meilleure qualité, le scénario a même été, disons le, très prenant. D'autre part en raison du ticket pour les demi-finales qui a récompensé les efforts nantais. Cette qualification n'améliore pas la situation en championnat mais en tout état de cause elle ne peut faire que du bien dans les têtes.
Claudiu Keserü s'affirme
Elle a aussi permis à Claudiu Keserü d'inscrire sa cote à la hausse. Le Roumain a démontré que ce n'est guère le moment de le laisser moisir sur le banc. C'est encore lui qui a sauvé la mise de ses partenaires, en égalisant à la 15è minute. Les Canaris qui avaient effectué un bon départ, avec notamment un tir soudain de Keserü (4è) et une tentative de Diallo (6è) qui avaient donné l'occasion à Trévisan de se réchauffer, venaient alors de recevoir un sacré coup sur la tête. Il leur avait été asséné par Grégory Pujol qui, sur un centre de la droite d'Amalfitano, s'était montré plus prompt que Mauro Cetto pour décocher une reprise du crâne que Fabien Barthez n'avait pu stopper. « Dommage que nous n'ayons pas conservé cet avantage plus longtemps , estime le coach ardennais José Pasqualetti car Nantes aurait très vite été saisi par le doute et il se serait offert à nous. »
C'est possible. Les Canaris ne semblèrent pourtant nullement abattus par l'avarie qui s'était abattue sur eux. Diallo repartit à l'attaque et il obtint un corner. Sur ce dernier, botté par Payet, Amalfitano repoussa le ballon de la tête sur Keserü. Le Roumain n'est pas genre à hésiter : il décocha instantanément un shoot que Sartre eut la bonne idée de dévier au passage. Pris à contre-pied, Trévisan ne put que s'incliner.
Pujol : sept fois plus de buts qu'Oliech en championnat
Deux buts en un quart d'heure, un de chaque côté, nous étions gâtés. Au passage, on pouvait souligner le nom de leurs auteurs. Keserü, un attaquant auquel les techniciens hésitent à faire confiance. Pujol, un joueur qui a été éjecté sans délicatesse en août 2005. Cédé à Anderlecht sans avoir rien demandé. On ne va pas prétendre que Grégory Pujol, est Thierry Henry ou Sammy Eto'o, c'est cependant un bon joueur de club, qui aimait Nantes et qui, cette saison, a marqué sept buts en championnat. Sept fois plus qu'Oliech ! Vous nous suivez ? Qu'est-ce qui sépare Pujol d'Oliech, à part le talent et l'efficacité, et les chiffres nous disent sans ambages lequel est le meilleur ? La feuille de paie tout simplement ! Pujol n'avait que deux torts : avoir été formé à Nantes et ne pas disposer derrière lui d imprésarios susceptibles de convaincre un inconséquent comme Gripond ou un fanfaron comme Roussillon qu'il est une perle rare.
Ah Oliech ! On croit encore voir Roussillon le présenter triomphalement, sans même savoir qu'il était blessé et ne pourrait pas être aligné pendant les deux premiers mois de son séjour. Et raconter en pérorant comment il avait arraché cette pure merveille aux convoitises d'on ne sait (lui non plus d'ailleurs) combien de supers grands clubs. Qui fallait-il remercier nous susurrait Rudi ? Eh bien : m'sieu Serge himself ! C'est lui qui, paraît-il, avait fait jouer ses relations au Qatar pour que Nantes soit l'heureux destinataire du surdoué. On se demande si Dassault n'aurait pas mieux fait de rester couché plutôt que participer à une telle opération. A moins bien sûr qu'il n'ait trouvé quelque intérêt dans cette extravagante transaction.
Un football intéressant
Mais revenons à Sedan où Oliech commença par passer 77 minutes sur le banc. Pendant ce temps, Pujol continuait à se rappeler au bon souvenir de ce qu'il reste de ses anciens coéquipiers dans l'équipe nantaise. Jean-Jacques Pierre ne fait pas partie du lot et il ne fit pas de sentiment au moment d'intervenir sur le Vosgien, à la 26è minute. L'arbitre n'en fit pas davantage : carton jaune. Belhadj accomplissait son match, lui aussi, et à chaque fois qu'il accélérait les clignotants s'allumaient dans la défense des Canaris. A la 19è minute, il ponctua l'une de ses percées par un centre en retrait qui prit tout le monde à contre pied, y compris, heureusement, ses partenaires puisque aucun d'eux ne se retrouvait à la réception. Il n'empêche que c'était rudement bien joué. Da Rocha revenait souvent prêter main forte à Das Neves pour éviter que le navire ne prenne l'eau tandis que de l'autre côté, à gauche donc, Payet évoluait également en position assez basse, Ducourtioux étant considéré comme un redoutable contre-attaquant. Une action Pujol – Belhadj (23è) donna de nouveau des chaleurs à Barthez qui avait tenu à jouer en dépit d'adducteurs déclarés en surchauffe. Nantes ne s'endormait cependant pas, contre Sedan on en a rarement le loisir, et petit à petit il développait même un jeu intéressant. Da Rocha était souvent impliqué dans les actions les mieux construites et l'une d'elles, à la 31è minute, permit à Keserü de se présenter devant Trévisan. Le gardien ardennais lui chipa le ballon dans les pieds. C'était bien joué de part et d'autre.
La fin de la première période fut cependant délicate pour les Canaris, un brin déconcentrés par la blessure à la tête de Da Rocha qui eut droit, ce n'est pas la première fois, à un bandage autour du crâne, puis un choc entre Cetto et Job. Juste avant la pause, Nantes concéda donc deux corners qui furent chauds et un shoot de Ouadah passa au-dessus.
Un match vivant et prenant
La suite fut plutôt à l'avantage de Nantes. Au fur et à mesure que le match avançait, les Canaris prenaient peu à peu le dessus et seul un manque de maîtrise technique les empêchait d'aller au bout de leurs actions. Ils péchèrent aussi sans doute dans le collectif lors de la phase terminale de leurs actions, comme si chacun voulait faire la décision à lui seul. Le spectacle demeurait toutefois très vivant, très prenant même, surtout compte tenu de l'état du terrain. Diallo donna le bonjour à Badiane à la 51è minute et il tira à côté. Peut-être aurait-il pu procéder de façon plus collective, on y revient. Quelques minutes plus tard, sur un centre de Saidou, le Malien se montra de nouveau dangereux, sa reprise de la tête passant à côté. Diallo se mit encore en évidence à la 62è minute, en alertant Payet sur la gauche. Dimitri remit au centre pour Keserü qui tira un peu trop vite, un peu trop haut. Là encore, on se demande s'il n'aurait pas dû repasser à Payet.
Mais l'essentiel était que Nantes se créait toujours des occasions. Par exemple sur un contre de Diallo qui la jouait cependant encore un peu trop perso en tentant sa chance alors qu'Oliech attendait au centre et Keserü à gauche. Le Kenyan avait remplacé Payet (77è), provoquant le passage de Da Rocha du flanc droit au côté gauche. William Vainqueur, lui, avait pris le relais d'Emerse Faé qui commençait à manquer de forces (il souffrait de la cuisse droite) et donc de lucidité. C'est sur un ballon qu'il avait perdu, que Sedan se créa sa meilleure opportunité de la seconde période, à la 76è minute. Boutabout, servi par Pujol, tira du genou sur la transversale.
Oliech stoppé de justesse
Ce fut la seule occasion des Ardennais de la seconde période, du moins jusqu'aux arrêts de jeu puisque durant ces derniers, Pierre dévia quasi-miraculeusement en corner un shoot de Pujol. Mais perdre à cet instant eut vraiment été cruel et immérité pour les Nantais, d'autant que quelques secondes plus tard Oliech, qui avait déjà contraint Trévisan à intervenir sur une reprise aérienne (87è), fut stoppé dans la surface de manière très limite, sinon suspecte. Stéphane Bré n'intervint cependant pas et il fallut jouer les prolongations.
Les deux équipes continuèrent à jouer plutôt bien et aucun Nantais ne songea à se plaindre quand Pasqualetti remplaça Pujol par Aliou Cissé. C'était en quelque sorte la preuve que Nantes prenait le pas dans les manœuvres de l'entre jeu. Les Canaris se procurèrent d'ailleurs encore une situation très propice par Diallo qui contraignit Trévisan à un arrêt en deux temps (98è). Barthez, lui, repoussa une tentative d'Amalfitano (106è). Les deux équipes étaient sur le fil du rasoir, aucune pourtant ne se coupa, et c'est finalement en toute logique qu'on en arriva aux tirs au but. Juste avant la fin, Oliech avait été remplacé par Rossi. « Pour des raisons tactiques, en fonction de l'épreuve des pénaltys et parce qu'il se plaignait du dos, » explique Japhet N'Doram.
Da Rocha ne tremble pas
Evidemment, qui dit penalty a longtemps, à Nantes, sous entendu Landreau et l'ombre de Mickaël ne manqua pas de planer au-dessus de la fatidique séance. D'autant que Barthez n'arrêta aucun des cinq premiers tirs sedanais. Les botteurs canaris n'avaient toutefois pas tremblé, eux non plus : Diallo, Cetto, Rossi, Keserü et Das Neves avaient tour à tour expédié Trévisan aux pâquerettes.
Marin s'avança alors et au moment où il frappa Fabien Barthez se détendit sur sa droite. C'était la bonne inspiration : il repoussa la ballon, éloignant enfin les vieux fantômes de Berlin. Frédéric Da Rocha avait donc la qualification au bout du pied, il ne la rata pas, d'un tir du côté droit. Nantes venait de rapprendre à gagner de cette manière, presque à la loterie, effaçant les mauvais souvenirs du printemps 2004, contre Sochaux et Paris.
B.V., le 1er mars 2007